À Brest, le projet de nouveau stade au cœur de la campagne

Depuis début janvier, la majorité des candidats à la mairie de Brest se sont exprimés sur le projet de nouvelle enceinte pour le Stade Brestois, qui devrait remplacer l’actuel Francis-Le-Blé. Un thème étonnant qui s’invite dans la campagne électorale, puisque le projet est (quasiment) acté au niveau du club et sera financé par des fonds privés. De plus, le nouveau stade ne sera plus situé dans la commune de Brest. Explications.

Le Stade Brestois 29 va se doter d’un nouveau stade qui devrait voir le jour à l’horizon 2022. Le stade Francis-Le-Blé, propriété de la ville de Brest, semble en effet avoir atteint ses limites. Dans un communiqué publié sur le site du club le 10 janvier, les dirigeants du club breton soutiennent qu’ il n’est « plus possible d’imaginer, à court comme à long terme, un avenir pour le club au stade Francis-Le Blé ». Entre autres, les défauts pointés du doigt émanent de la position du stade situé dans le centre-ville de Brest. Il est ainsi difficile d’y stationner, et sa proximité avec des immeubles et trois établissements scolaires engendre d’importantes nuisances sonores. L’implantation actuelle de Francis-Le-Blé rend impossible une rénovation complète des tribunes du stade. Depuis la montée en Ligue 1 en 2010, date des derniers travaux de rénovation importants, le Stade Brestois bénéficie de plusieurs dérogations de la Ligue Professionnelle de Football (LFP) pour son enceinte, dues à la promesse de construction d’un nouveau stade.  

Un nouveau stade qui serait bâti par des fonds privés

Ce nouveau stade devrait être construit dans la zone d’activité du Froutven, dans la commune limitrophe de de Guipavas. Desservie par la ligne de tramway, cette zone est proche des routes départementales permettant de rejoindre Quimper et Morlaix. La capacité de l’enceinte serait d’environ 13 500 places, mais serait modulable et pourrait atteindre les 15 000 places, notamment pour des matchs de Ligue 1, contre 16 000 places pour l’actuel Francis-Le-Blé. Le club veut ainsi miser sur un stade souvent plein, en se basant sur l’affluence au stade en Ligue 2. Avec le nouveau stade, il s’agirait selon le club de « dynamiser le territoire ». Le projet de stade comprend ainsi des places de parking, un hôtel, des appartements-hôtels transformables en loges pour les jours de match, une « fan-zone » ainsi qu’un espace de loisir. Un naming serait probablement associé au nom du stade, afin de participer aux financements.

Le stade Francis-Le-Blé

Parmi les candidats aux élections municipales à Brest qui auront lieu les dimanches 15 et 22 mars 2020, six ont pris position sur le nouveau stade. Trois d’entre eux semblent s’opposer au projet. Ainsi, la liste Brest, imaginons demain  (centre-droit) menée par Pascal Olivard se dit pour la rénovation du stade Francis-Le-Blé. Pascal Olivard a soutenu à nos confrères du Télégramme que « Francis-Le-Blé est et doit rester un vecteur de cohésion sociale au cœur de la ville ». Pour le candidat, l’enceinte est une « institution brestoise », et celui-ci déplore que de nombreuses villes aient déplacé les activités populaires en zone périurbaine au détriment des centres villes. La liste dit toutefois comprendre que Le Blé ne répond plus aux attentes des supporters et du club, particulièrement en termes d’accueil et d’accessibilité. La liste Brest, imaginons demain propose une rénovation du stade en augmentant sa jauge à 20 000 places. Dans un communiqué, le candidat assure qu’ « aucune réelle étude n’a été menée sur la rénovation de Francis-Le-Blé ». En cas de victoire aux élections municipales, Pascal Olivard et sa liste entameront dès le début du mandat une étude sur « la faisabilité technique et financière de ce projet » de modernisation de l’enceinte actuelle des rouges et blancs.

Trois listes candidates aux élections municipales pour une rénovation de Francis-Le-Blé

Parmi les candidats adeptes de la rénovation de Francis-Le-Blé, on compte également Pierre-Yves Cadalen, tête de la liste Brest à Venir»(La France Insoumise, LFI). Dans un communiqué,  le candidat affirme sa position. « C’est une chance pour Brest d’avoir un stade au centre de la ville. Pour notre ville, populaire et si attachée au football, c’est un atout décisif ». Il justifie cette position par la protection d’une biodiversité qui serait menacée par l’emplacement prévu pour le nouveau stade dans la zone du Froutven. Pierre-Yves Cadalen se dit contre le naming : « l’esprit sportif ne doit pas être vidé par l’argent ».

La liste Brest à venir propose d’accorder un bail de 99 ans pour le stade Francis-Le-Blé au Stade Brestois afin que le club puisse effectuer des travaux de rénovation. D’une manière générale, la liste propose la gratuité des transports en commun, qui serait un atout pour rejoindre Francis-le-Blé. Enfin, la liste Brest Ecologie Solidarités menée par Ronan Pichon questionne également la pertinence du projet de nouveau stade, par rapport à la modernisation du stade Francis-Le-Blé en centre-ville. Le candidat déplore une urbanisation croissante en zone périurbaine au détriment des terres agricoles, et demande l’ouverture d’un débat public sur le sujet.

Du côté des partisans du projet du nouveau stade, le maire sortant François Cuillandre, tête de liste de Brest au cœur (Parti socialiste, PS) fait partie des soutiens du club. Le maire de Brest depuis 2001 dit avoir une préférence pour les stades en ville, mais est conscient de l’état de vétusté des tribunes de Francis-Le-Blé, des contraintes foncières empêchant l’agrandissement des tribunes et de l’impossibilité de couvrir la tribune Plein Ciel-Brittany Ferries. A nos confrères du Télégramme, il a ainsi déclaré : « C’est le choix des dirigeants du club. Je le partage… y compris pour les finances de la ville ». En effet, le stade  Francis-Le-Blé étant une propriété municipale, le coût des rénovations serait à le charge des contribuables brestois. La tête de la liste Brest au cœur, comme le président du Stade Brestois Denis Le Saint, estime d’ailleurs à environ 50 millions d’euros le coût de travaux de rénovation qu’il faudrait effectuer à Le Blé.

« Une rénovation de Francis-Le-Blé coûterait 50 millions d’euros, à payer par le contribuable brestois »

Les mêmes arguments sont mobilisés en faveur du projet de nouveau stade du côté de Bernadette Malgorn, conseillère municipale d’opposition et candidate à la tête de la liste de Brest, c’est vous (droite et centre). La vétusté de Francis-Le-Blé, son enclavement, le coût important pour le moderniser, les nuisances pour les immeubles alentours ou les difficultés de stationnements sont évoqués pour montrer que le nouveau stade est souhaitable pour le confort de tous. Elle voit dans le projet une vitrine de l’attractivité de la cité du Ponant. D’autre part, Marc Coatanéa (La République en marche, LREM), qui mène la liste Marchons pour Brest, soutient le projet de nouveau stade pour le Stade Brestois, sur demande de supporters brestois. En cas de victoire aux élections en mars prochain, la liste prévoit de tout faire pour que le projet puisse être mené à bien dans les plus brefs délais.

Dans le journal officiel du Stade Brestois 29 avant le club à l’AS Saint-Etienne pour le compte de la 25ème journée de Ligue 1, le président du club, Denis Le Saint, dit trouver étonnant cet engouement pour le projet de nouveau stade par les différents candidats à la mairie de Brest. Il rappelle que le nouveau stade ne sera pas à Brest, mais à Guipavas sur des terrains qui appartiennent à la communauté urbaine de Brest-Métropole. Le club confirme que le stade Francis-Le-Blé ne sera pas rénové, et rappelle que la rénovation avait été envisagée mais que les contraintes avaient conduit au projet de nouveau stade. Lors de ce même match, les Ultras brestois ont brandi durant la première période une banderole « Municipales : Le Blé ne fera pas vos campagnes ». Un message à faire passer ?

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