Argentine-Uruguay, duel des ex du Río de la Plata

Lundi à 20h15 (heure française) se déroulera à Tel-Aviv (pour des considérations économiques) le 187ème « derby du Río de la Plata » en match officiel. Cette affiche, opposant les sélections des deux leaders offensifs du FC Barcelone – Luis Suarez et Lionel Messi, a tout d’un duel fratricide dont les prémices remontent à l’aube du 20ème siècle.

De l’histoire commune à la rivalité historique

Avant de se disputer les origines du maté, les États modernes d’Argentine et d’Uruguay forment jusqu’au 19ème siècle la vice-royauté du Río de la Plata, tantôt sous pavillon espagnol tantôt sous pavillon britannique. Le destin des futurs frères ennemis suit le chemin d’une émancipation commune lors des années 1820 jusqu’à atteindre leur indépendance. En 1825, date de la fin de la Guerre d’indépendance de l’Argentine, les Provinces Unies du Río de la Plata obtiennent leur indépendance de la monarchie espagnole. C’est seulement trois ans plus tard, en 1828, après la terrible guerre du Brésil opposant ce dernier à la jeune Argentine pour la possession des territoires au nord-est des Provinces Unies, que l’Uruguay obtient son indépendance. Les circonstances tragiques d’une guerre violente pour la possession de la Banda Oriental, annexée au Brésil en 1821, conduisent à la consolidation d’une relation politique étroite entre deux nations partageant sensiblement la même émigration européenne et la même culture.

À l’aube du 20ème siècle, l’Argentine et l’Uruguay culminent au sommet du football mondial. Dès le 16 mai 1901, la rivalité tisse sa première toile avec une victoire de l’Argentine à Montevideo pour le premier match international disputé hors du Royaume-Uni. Bis repetita l’année suivante, le 20 juillet 1902, avec cette fois-ci une défaite cuisante et historique (la plus lourde de l’histoire de la Celeste), toujours à Montevideo. Les deux pays se partagent les titres disputés sur le continent, avec une légère domination des Uruguayens (vainqueurs notamment des premières Copa América – Campeonato Sudamericano à l’époque – en 1916-1917). L’acmé de la rivalité entre les deux voisins intervient au tournant des années 20-30. Deux ans après avoir conservé son titre olympique après une victoire en finale face à l’Albiceleste, l’Uruguay accueille la première Coupe du monde avec l’étiquette de grand favori. La finale est un remake des Jeux olympiques. L’Argentine arrive revancharde et la tension est palpable. Une escalade de violence entre les supporters des deux nations n’a eu de cesse de s’élever depuis des années, le point d’orgue étant l’humiliation des J.O., avec en prime une bagarre générale lors d’un dîner supposé réchauffer les mœurs, proposé par Carlos Gardel, célèbre chanteur de tango.

But de l’Uruguayen Victoriano Iriarte lors de la finale du Mondial 1930 permettant à la Celeste de mener 3-2 face aux Argentins à Montevideo

La finale de 1930, première couronne sous un climat de guerre

Plus de 20 000 Argentins font le déplacement et traversent le Río de la Plata en paquebot pour se rendre à Montevideo. Les joueurs argentins ne sont pas les bienvenus et subissent intimidations sur intimidations. Le président uruguayen dut lui-même intervenir afin de composer une escorte policière pour garantir leur sécurité. Les armes à feu sont confisquées à l’entrée du stade où se sont agglutinées 93 000 personnes. L’Albiceleste s’incline 4 à 2 dans un climat de guerre que confirmera comme témoin privilégié l’arbitre belge de la rencontre. Les heurts entre supporters s’étendent autour de la capitale tandis que des Argentins s’en prennent à l’ambassade d’Uruguay à Buenos Aires. Le traumatisme est total : la presse s’enflamme et la Fédération argentine décide de rompre toute relation avec l’Association uruguayenne de football. Conséquence, les relations diplomatiques entre les deux pays s’en trouvent fragilisées et au point mort au vu de l’intensité des violences occasionnées par les rencontres de football. Ce gel des relations conduit à cinq ans d’attente avant le retour de la Copa América (en 1935) par l’intermédiaire du Pérou qui parvient à convaincre les deux antagonistes d’y participer. L’Uruguay s’impose en finale 3 à 0 face à l’Argentine, et il faudra encore attendre bien des années avant de connaitre une rémission des relations entre les deux pays.

Retour en 2019 et, illustration de l’apaisement de la rivalité et de la démocratisation des relations entre l’Uruguay et l’Argentine, la complicité affichée entre deux icônes des pays voisins, Leo Messi et Luis Suárez. Les acteurs du Camp Nou partagent le maté et s’accordent aussi bien sur le gazon vert qu’en dehors, témoignant de l’étroitesse des liens unissant les peuples riverains (depuis 1960, plus de 100 000 personnes ont émigrés de l’Uruguay vers l’Argentine). Toutefois, la rivalité existe toujours, et ce même si en Argentine on s’accorde désormais volontiers le statut de « grand frère ».

Suárez et Messi complices lors d’un Clásico du Río de la Plata, symbole de l’amour pas forcément réciproque porté par les Argentins envers les Uruguayens (© eldiaonline.com)

Amaury Erdo-Guti

Grand frère de la famille FootPol. Tendresse et passion rythment ma plume de Paris à la Pampa

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