Le Red Star FC, laboratoire du football social et culturel

Le 24 octobre 2019 à Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris, le mythique stade Bauer fêtait ses 110 ans. Depuis 1909, sa pelouse accueille l’institution du Red Star FC qui occupe une place unique dans l’univers footballistique français tant par son passé historique que par les valeurs sociales qu’elle véhicule.

Loin des strass et des paillettes du Paris Saint Germain, un autre club francilien oscille depuis quelques années entre la Ligue 2 et le National. L’un des plus anciens clubs français, le Red Star FC a connu des moments de gloire au début du XXe siècle. Désormais, bien qu’il peine à se pérenniser au haut niveau, l’Étoile Rouge reste mythique pour les fans du ballon rond et bénéficie d’une côte de popularité élevée. Sa dimension sociale, culturelle et politique faite de mythes et de légendes a marqué l’imaginaire collectif et rappelle à tous que le football peut se construire autrement. C’est ce qu’essaye de prolonger depuis 2008 le président du club, Patrice Haddad, en réinventant le football de demain.

Aux origines de Jules Rimet, un club éminemment politique

Pour comprendre ce qui constitue le Red Star aujourd’hui, il faut revenir sur la genèse de ce club et s’arrêter sur un nom, celui de Jules Rimet. Né en 1873 ce fils et petit-fils d’agriculteurs se rend compte très tôt de la misère qui l’entoure. Il est éduqué dans un esprit d’ouverture et va se construire très tôt une conscience politique grandement influencée par le milieu catholique. Dans ce contexte, il va adhérer à un mouvement politique et social nommé Le Sillon, ancêtre de la Démocratie Chrétienne, et va chercher à diffuser ses idées à travers un journal du même nom. Jules Rimet ne rencontrera cependant pas de succès en politique et se questionne quant à l’émergence des associations sportives en France. À cette époque le sport commence à se diffuser via la presse et permet de brasser un électorat jeune. Les ambitions politiques de Jules Rimet le pousse à fonder le Red Star le 21 février 1897.

Plus qu’un club, Yanis Hammache montre ici que le Red Star est une identité qui nous colle à la peau (© Icon Sport)

Il s’agit dans un premier temps d’une association omnisport avec des sections athlétisme, cyclisme, lutte, escrime et football. En dehors de sa lutte politique, le nouveau président du club voit dans le football de véritables vertus sociales et éducatives. Il estime que ce sport collectif est créateur de lien social et est un vecteur d’entraide. Il tient à ce que le Red Star soit ouvert à tous et représente une alternative pour la jeunesse ouvrière. En proposant des licences à 1 franc par mois il rend accessible le sport aux familles les plus pauvres de la région.  De plus, ce passionné de littérature, de poésie et de musique, ouvre une section littéraire et artistique. Il se donne pour objectif d’offrir aux jeunes une formation culturelle avec notamment la mise en place d’une bibliothèque dans le stade. Pour lui, les footballeurs ne pouvaient faire bon usage de l’argent qu’ils gagnaient s’ils n’avaient pas un minimum de bases de lecture, d’écriture et de calcul. En 1910, Rimet arrive à la présidence de la Ligue de Football Association mais il restera de lui ce point d’ancrage social et culturel qui se perpétuera durant des décennies chez les Verts et blancs.

Figure essentielle de l’Histoire du football, Jules Rimet grâce à sa vision globale est un visionnaire. D’une part, il a œuvré toute sa vie pour la professionnalisation et l’autonomisation du football. D’autre part, il a compris que le football n’est pas qu’un sport mais avant tout une école de la vie, à travers laquelle il a pu diffuser ses idées politiques.

L’expérience d’un autre football

Aujourd’hui, Patrice Haddad a monté un projet dans lequel le club se veut être le laboratoire d’un football alternatif. Le Red Star c’est avant tout une identité, une culture, des idées. « Le club est naturellement à gauche, il doit être solidaire de son environnement, de la banlieue ». Prononcés par l’actuel président, ces mots résument bien l’histoire de l’étoile rouge.

Ancré dans la banlieue nord de Paris, le Red Star est la définition du football populaire.  Club ouvrier, bastion historique de la banlieue rouge, le club a profondément gardé ce côté social et populaire dans son ADN en véhiculant des valeurs de solidarité et de mixité sociale. À l’image des supporters qui continuent de scander des messages humanistes et antifascistes, le club se sert de cet héritage en s’appuyant d’abord sur le département de Seine Saint Denis. Avec la création de l’Académie de l’Étoile Rouge en septembre 2019 à Marville le club perpétue son ancrage local dans le 93. Car le Red Star est un acteur social de poids dans le territoire. Il veut former les jeunes talents locaux qui sont le symbole de ces quartiers populaires, riches de coopération, d’associations, et de valeurs sportives, culturelles et sociales porteuses d’avenir.

Les jeunes du Red Star Lab dans les locaux de la radio Mouv’ en 2016 (© Red Star)

Pilier du projet mis en place depuis 2008, la formation revêt une place particulière dans le développement du Red Star. Conscient que tous ses jeunes ne deviendront pas professionnels, la direction cherche avant tout à former des hommes et des femmes capables de rebondir après le football. Les dirigeants prolongent donc la formule « travailler le corps et éveiller l’esprit », chère à Jules Rimet, à travers le projet du Red Star Lab. Ce programme s’est monté, par la volonté de faire perdurer l’esprit du fondateur du club et d’ouvrir de nouvelles perspectives d’avenir aux jeunes du club. L’ambition du Red Star Lab est de favoriser l’égal accès à la culture pour une jeunesse qui y est parfois éloignée et donc de travailler en faveur de l’égalité des chances.

« Nous sommes dans une période où le football a besoin d’un nouveau souffle […] Le football a besoin de replacer l’éducation au cœur de sa formation » Patrice Haddad.

Pour ce faire, le Red Star permet aux jeunes talents audoniens de participer à des projets socio-culturels. Il utilise les vacances scolaires pour proposer des ateliers et des sorties pédagogiques liant « football et culture ». Ces activités culturelles ou artistiques sont offertes aux licenciés qui ainsi peuvent découvrir chaque année depuis douze ans le théâtre, le cinéma, la photographie, la peinture, l’écriture, la radio ou encore la danse. Cette initiation à la culture a pour ambition d’éveiller la curiosité de cette jeunesse et d’élargir leur champ d’horizon afin qu’ils réfléchissent à leur avenir autrement que par le football. Cette saison par exemple, le Red Star Lab propose un programme axé sur les arts majeurs. Les jeunes vont donc découvrir le métier d’architecte à travers la reconstruction du stade Bauer ou se mettront dans la peau d’un commissaire d’exposition à travers l’exposition BAN. Se voulant être un vecteur d’émancipation social, le Red Star Lab met l’éducation au centre de la formation des jeunes joueurs. Ce projet rompt avec le football moderne dans lequel la culture du résultat est prééminente. L’Étoile Rouge nous rappelle que football et culture ne s’opposent pas et plus encore, que le futur du football est à voir dans ces valeurs sociales.

Johan Cruyff disait à propos des éducateurs de football, « Avant tout, vous éduquez une personne […]. Peut-être qu’il connait le football, peut-être qu’il arrivera jusqu’en équipe première, mais lui avez-vous donné une éducation ? ». Le Red Star FC a bien saisi ce questionnement et tente d’y répondre à travers ses expériences éducatives, sociales et culturelles. Parfois considéré comme l’utopie d’un autre football en France, le Red Star est bien plus un défi. Le défi d’un club singulier face au football business. Le défi d’un contre-courant dont chacun devrait s’inspirer pour empêcher les dérives d’un football capitaliste dans lequel le résultat l’emporte sur l’humain.

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